Jordaens 1593-1678 – la Gloire d’Anvers

Jacob Jordaens - Autoportrait avec sa femme et sa fille Elisabeth, 1621-1622, museo del Prado, Madrid
Jacob Jordaens – Détail, Autoportrait avec sa femme et sa fille Elisabeth, 1621-1622, Madrid, museo del Prado.

J’attendais cela depuis longtemps : une exposition temporaire gratuite uniquement pour les étudiants en histoire de l’art ! Eh oui ! Il y a le Petit Palais en face du Grand Palais. C’est donc près des Champs-Élysées que s’organise une rétrospective sur le peintre flamand Jordaens, sous l’intitulé de « Jordaens 1593-1678 ».

Par où commencer ? La première salle par exemple ? La première salle de l’exposition nous plonge dans l’ambiance. Sol en damier, motifs sur les murs, faux lustre et musique classique. De la musique classique pour une exposition, excellente idée pensais-je ; mais la joie fut interrompue dès l’entrée dans la deuxième salle, bien trop quelconque où la musique avait disparu.

Intéressons-nous désormais à Jordaens. Jacob Jordaens est très éclectique. Cela se confirme en naviguant de salles en salles. Les premières salles sont consacrées à la peinture religieuse. La Sainte Famille et d’innombrables Adoration des bergers, en pleine Contre-Réforme. La particularité de Jordaens dans ces scènes religieuses est sans doute le parti pris par l’artiste des prendre les traits de sa propre famille pour représenter les personnages divins.

Par la suite, on peut se rendre compte de son éclectisme : peintures d’histoire, scènes de genre (assez moralisatrices), sujets mythologiques (assez peu finalement), portraits, autoportraits (parfois surprenants qui ne le mettent par forcément en valeur), bref, une gamme de peintures très riche.

Je ne suis pas du tout baroque et malgré les outrances que je cause, Pierre-Paul Rubens me sort littéralement par les yeux : je ne l’aime pas. Jordaens en est très inspiré (d’une trentaine d’années son aîné). L’opulence de certaines formes et les scènes chargées pourraient être même parfois attribuées à Rubens. Bien entendu, il n’en est rien et ses scènes sont assez savamment organisées. Parfois, rapproché également de Caravage (mort aux 17 ans du peintre) qu’il connut certainement lors de ses dix années passées en Italie.

Jacob Jordaens, Détail, Le Banquet de Cléopâtre, 1653, huile sur toile, musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg.
Jacob Jordaens, Détail, Le Banquet de Cléopâtre, 1653, huile sur toile, musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg.

Jacob Jordaens a donc une capacité très nette à se renouveler. Malgré cela, j’ai été surpris par sa Cléopâtre. Le Banquet de Cléopâtre représente dans un monde en totale adéquation avec le peintre et non avec l’Égypte de la reine, un banquet. Oui, c’est bien elle qui est représentée en détail juste au-dessous. Il est donné ici une toute autre image de Cléopâtre, la peau blanche comme de la porcelaine, le corps caché sous ses vêtements locaux – si j’ose dire – mais suggérant tout de même une certaine opulence et bien sûr cette chevelure blonde foncée. C’est à la fois inattendu et surprenant.

Force est de constater que la visite se veut très pédagogique. L’entrée se fait par une chronologie de sa vie – bien trop ennuyeuse à lire en entier. Par la suite, on put découvrir la presque-reconstitution d’un atelier tel qu’ils pouvaient être au XVIIe siècle ; abordant les thèmes de la peinture à l’huile, de la préparation de la toile, assez intéressant, il faut l’avouer. À la fin, il y a un « atelier » exposant quels objets pouvait-on trouver dans l’atelier du peintre, mais aussi des échantillons de tissus à tâter (dentelle, velours, etc). Bon… Je doute très sincèrement que des enfants de 10 ans aillent se rendre à cette exposition et toute personne normalement constituée sait à quoi ressemble du velours et à quoi ressemble de la dentelle, soit.

Le roi boit ! J’entends encore ce petit vieux dire à sa une dame « oh ! Le ptit se fait botter le derrière ». C’est une scène que l’on retrouve sur plusieurs toiles. Ainsi donc nous retrouvons : les figures se détachent d’un fond noir (on verrait donc là l’influence caravagesque), mais aussi les chairs en bonne santé, la composition entièrement remplie (Rubens & co). C’est un sujet étonnant et quelque peu cocasse. C’est en réalité l’Épiphanie qui est représentée. Grosso modo : le roi (de la galette des rois contemporaine) était acclamé lorsqu’il buvait. Cette scène est donc particulièrement amusante, après avoir vu les Jean-Baptiste et Christ en croix.

Jacob Jordaens, Le roi boit !, 1638-1640, huile sur toile, 156 x 210 cm, Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts de Belgique
Jacob Jordaens, Le roi boit !, 1638-1640, huile sur toile, 156 x 210 cm, Bruxelles, musées royaux des Beaux-Arts de Belgique.

En somme, l’exposition veut faire connaître le peintre flamand qui fut trop inconnu en France jusqu’alors ; c’est donc chose faite. Exposition très séduisante laissant apparaître un peintre doué qui nous plonge dans la société flamande du XVIIe siècle.

Jordaens 1593-1678
La Gloire d’Anvers
19 septembre 2013 au 19 janvier 2014
Petit Palais, musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris
Avenue Winston Churchill, 75008 Paris

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