Avis : Exposition Roy Lichtenstein au Centre Pompidou.

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« -Hier je suis allé voir Roy Lichtenstein à Beaubourg.
-Connais’ pas.
-Tu connais forcément, c’est l’artiste qui peint des cases de bandes-dessinées surdimensionnées.
Ah ! Je vois ! »

Beaubourg organise une rétrospective d’un des plus grands acteurs du mouvement pop-art américain, tout de suite identifiable par ses oeuvres si stylisées « comics », au style « artificiel » traduisant la volonté du peintre de faire disparaître la trace de main de l’artiste. Et l’exposition tend à montrer que Lichtenstein  n’a pas seulement peint des grandes cases de bandes dessinées, aux contours noirs épais et aux points « Benday », mais s’est essayé à de nombreux autres supports, tout en variant les sujets de ses représentations : Une excellente occasion de re(découvrir) l’artiste.

Début juillet, un jour ou deux après le lancement de la rétrospective, alors que je m’attendais à tomber nez-à-nez avec une file d’attente pour pénétrer dans l’exposition, je me suis seulement retrouvé face au personnel du centre Pompidou,   validant mon ticket. Est-ce que le bouche à oreille n’a pas encore abouti ? Est-ce que tout Paris est déjà parti en vacances ou est resté cloué en terrasse pour profiter des premiers rayons de soleil ? Qu’importe, après cette première surprise, nous sommes immédiatement confronté au style de Roy Lichtenstein, avec Look Mickey, ou transparaissent déjà certains éléments qui se retrouveront par la suite dans l’oeuvre de l’artiste. Couleurs vives, brutes, points Benday, éléments de la culture américaine, tout y est. Cette oeuvre, agrandissement retravaillé d’une image tirée d’un livre pour enfant, préfigure l’intérêt de l’artiste pour les comics, avec son esthétique si particulière. Il s’inspirera par la suite d’images publicitaires, et des bandes dessinées DC-Comics, avec des scènes narratives à l’eau de rose, ou dans un registre diamétralement opposé, la guerre du Vietnam. Whaam !, très grande toile représentant une scène de bataille aérienne ou se produit la destruction d’un appareil, surprend. Extrêmement figée, un très grand dynamisme se fait pourtant ressentir, part l’emploi des couleurs si franches, polices énormes imitant le bruit de l’explosion, et par les nombreux traits dessinant le mouvement.

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Sans connaître toutes les oeuvres de Lichtenstein sur le bout des doigts, vous serez forcés de reconnaître de nombreuses oeuvres vues par le passé, tant ses oeuvres incarnent à elles seules le style de l’artiste d’une part, et tant leur renommée est universelle, comme Soleil Couchantou encore Shipboard Girl 1965Si le processus de création de ses oeuvres peut s’apparenter comme facile, il ne s’agit en rien de l’agrandissement pur et simple d’une case de bande dessinée, via projection. Lichtenstein retravaille chaque image avec une attention et une étude profonde, comme le montre un documentaire diffusé au sein de l’exposition, à côté de ses nombreux cahiers d’études exposés. A travers cette grande préparation, l’artiste affirme avoir la volonté de cacher la trace de la main de l’artiste, et il est vrai que le résultat est surprenant quand on s’attache à regarder les toiles avec attention : Les oeuvres sont si nettes et précises dans leur exécution, qu’il est difficile d’imaginer qu’elles sont produite de la main d’un artiste.

Mais Roy Lichtenstein n’a pas représenté que des cases de comics, et il va prendre comme sujet, l’art en lui même, en le représentant d’une façon bien singulière, qu’il serait difficile de ranger dans quelconque mouvement artistique du XXème siècle.  Ses reprises, qu’il considère comme en musique ou l’on « reprendre une mélodie populaire pour l’intégrer dans sa propre composition », revisitent différentes oeuvres et courants artistiques de l’histoire de l’art, telle que la série de Monet de la Cathédrale de Rouen, Brancusi ou encore le mouvement chez les futuristes. Pour l’artiste, il ne s’agissait pas seulement d’une simple reprise, le but premier était d’insuffler un caractère différent à chaque oeuvre. L’artiste ne mâchant pas ses mots, déclare même avoir passé plus de temps à la composition de sa série sur la Cathédrale de Rouen, que Monet lui même, consacra à sa série initiale.

Et l’artiste constitue de surprendre, à travers des sculptures, extrêmement épurées à tendance art déco, à ses têtes de mannequins stylisées bandes-dessinées, ou l’on retrouve cette fois-ci, l’application d’un style propre au représentation en deux dimension, appliqué à un support en ronde-bosse.

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L’artiste ne va pas cesser de jouer par la suite avec le le support, et le rôle du tableau, comme dans la série des Perfect/ Imperfect Paintings, ou le trait et la couleur sortent véritablement de la toile, remettant ainsi en cause le rôle du tableau en lui même. Roy va également s’attacher à matérialiser des choses difficilement perceptible, comme la fumée, la lumière ou même un miroir, « puisqu’un miroir ne fait que refléter ce qu’il se trouve devant lui. » On y retrouve également des représentations surdimensionnées de coups de pinceaux, à travers la série des brushstrokesun acte finalement essentiel dans l’art, étudié avec minutie par l’artiste. L’exposition poursuit avec la série des « Artist’s Studios », véritables toiles monumentales montrant des ateliers de peintres, avec des références comme La Danse de Matisse, ou encore ses propres oeuvres. L’exposition se conclue sur des scènes de nus féminins, très rares chez l’artistes, ainsi que la représentation du paysage, empruntant les codes de l’art Japonais.

J’ai aimé :
-Une rétrospective riche, aux oeuvres nombreuses et aux thèmes variés, ce qui nous fait véritablement redécouvrir l’artiste.

J’ai moins aimé :
Les alarmes incessantes lorsqu’un visiteur s’approche d’une oeuvre, ce qui confère une drôle d’ambiance sonore à l’exposition.

Cette rétrospective sur Roy Lichtenstein est une véritable surprise, qui  vous offrira une vision totalement différente de l’artiste si vous ne l’aviez pas étudié préalablement. Les oeuvres exposées et les thèmes abordés sont très nombreux  et nous offrent un très bon aperçu de l’oeuvre de cet artiste au style unique, identifiable un seul coup d’oeil. Sculptures, références à l’histoire de l’art, aux contemporains de l’artiste : Ne résumez pas Lichtenstein à quelques cases de bandes dessinées surdimensionnées, vous passerez à côté d’un artiste fantastique.

3 réponses sur « Avis : Exposition Roy Lichtenstein au Centre Pompidou. »

  1. Comme toi j’ai été très étonnée de ne pas avoir à faire la queue pour entrer dans l’exposition, après le monde qu’il y avait pour Dali ça fait vraiment bizarre …
    Et c’est une réelle bonne surprise de voir qu’ils n’ont pas résumé Lichtenstein aux seules images de comics 🙂
    Et bravo pour les podscasts, c’est un travail de malade mais qui vaut vraiment le coup !

  2. J’attends votre avis avec impatience heure-bleue.
    Merci letempsderien ! Ce retour me comble de joie ! A ce rythme là on est bien parti pour se recroiser dans une prochaine exposition (hormis Lichtenstein et Hentai que je vais refaire pour les podcast, je pense que la prochaine sera Keith Haring pour ma part.)

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