#033 // L’ange du bizarre ; Le romantisme noir de Goya à Max Ernst au Musée D’Orsay.

Le cauchemar, Johann Heinrich Füssli.
Bon, le thème ne m’inspirait pas des masses il faut bien l’avouer. Loin d’être adepte de l’imaginaire gothique, et des fictions peuplées de châteaux, sorcières et autres spectres, je me suis malgré tout laissé tenter par l’exposition temporaire du musée d’Orsay. Verdict ? Il y a suffisamment d’oeuvres exposées pour se teindre les cheveux en noir, et partir squatter des ruines en pleine forêt lors de vos prochaines vacances.
Le Romantisme, est un mouvement artistique qui est né vers la fin du XVIIème siècle, début XIXème, et toucha non pas seulement la peinture, mais aussi la musique et la littérature. L’exaltation du « moi », l’accent mis sur l’individualité, mais également l’imagination individuelle et le développement d’un monde « intérieur » pour chacun, sont les principales caractéristiques du Romantisme, avec un retour du gout pour l’architecture gothique de l’ère médiévale. On s’éloigne donc d’un art académique, ou l’individualité du sujet est loin d’être le sujet principal d’une toile. Mais le Romantisme noir mais l’accent véritablement sur un désir d’évasion et de frisson, en développant un imaginaire relatif à l’enfer, la mort, les créatures surnaturelles.
On verra donc tout au long de l’exposition vampires, sorcières, paysages inquiétants, et Satan himself. Les plus curieux seront satisfaits, et trouveront mêmes certaines photographies ayant pour sujet, du bondage, oui messieurs.
J’entre dans l’espace dédié à l’exposition temporaire, pour pénétrer dans une atmosphère plus sombre, lumières tamisées, cloisons sombres, l’une d’entre elles ayant pour inscription « Et quand il eut passé le pont, les morts vinrent à sa rencontre. » Tirée de Nosferatu, dont un extrait est projeté en début d’exposition, autant dire que le ton est donné, et ce n’est que le début.
Le songe de la raison engendre des monstres, Goya.
Il est toujours important de s’intéresser au contexte historique, précédent ou cohabitant avec le courant artistique en question. Le romantisme noir, succéda à la Révolution française, à la Terreur et également à la guerre. On comprends mieux cet accent mis sur les pulsions de l’homme, parfois bestiales et cruelles, qui vont prédominer les oeuvres romantiques, ainsi qu’une certaine perte de positivisme, axée auparavant sur la raison de l’homme à guider l’humanité éclairée.
Les références littéraires pour l’ensemble des oeuvres exposées, sont nombreuses, de la Divine Comédie de Dante, MacBeth, Hamlet de Shakespeare Faust de Goethe, mais d’autres se passent de références littéraires : Leur aspect fantastique est d’autant plus renforcé. Les premiers tableaux se réfèrent à Satan, qui n’est parfois pas représenté dans sa forme la plus connue, d’un diable à la fourche, mais comme un simple ange, idéalisé. De nombreux tableaux, ne piochent pas dans une iconographie funeste, parfois glauque, mais cela ne leur empêche pas de dégager une importance atmosphère noire, par les couleurs et paysages représentés autour des figures.
Le sujet est parfois traité directement, et les scènes de cannibalisme, d’enlèvements, songes et autres cauchemars répondent présents. Le point fort essentiel de cet exposition selon moins, est son contenu, très impressionnant. On trouvera ainsi des oeuvres de Delacroix, Goya, Bouguereau, Géricault, Redon, Moreau, Ernst, Von Stuck, Rodin, Munch, Dalí …Chaque artiste trouvera sa place dans les nombreux thèmes proposés au fil des salles de l’exposition, des simples créatures fantastiques, aux paysages romantiques, figures féminines, incarnation du noir dans le surréalisme…
Crâne aux yeux exorbités, Julien Adolphe Duvocelle
Cette exposition aborde le romantisme noir sous de nombreux aspects, et les créatures aux allures de chauves souris, sont loin d’être les plus représentées. Ainsi, si les artistes anglo-saxons privilégient le thème de l’Apocalypse dans leur création, les Français et les Allemands ont préféré traiter ce thème par un sublime inquiétant, mais non effrayant. Tout comme les nombreux paysages romantiques présents dans cette exposition, avec une prédominance de ruines, oeuvres noires sans baigner dans des teintes obscures. 
La richesse du romantisme noir montre bien que l’imaginaire sombre et gothique d’aujourd’hui, était déjà fort établi les siècles précédents, mais n’a pu s’exprimer par le cinéma certes, mais à travers l’art et la littérature. Mais le  septième art s’appropria progressivement ce thème là, et l’exposition à vraiment la volonté de montrer aux visiteurs le plus de représentations possibles, de ce romantisme noir. Vous pourrez ainsi voir des extraits de Nosferatu, Frankenstein, ou encore Faust. Je suis surpris de ne pas avoir vu une nuit sur le mont chauve, mais allez savoir, la souris américaine ne met pas son nez partout. Des écrans parsemés dans l’espace d’exposition, ou véritable petites salles de projections en guise d’entractes, ponctue le déroulement de l’exposition.
Au fil des salles, très, trop peuplées pour un nocturne à mon goût, l’on avance dans le temps pour découvrir les nombreuses variations du romantisme noir, à travers l’art symbolique, et surréaliste pour conclure. L’imaginaire morbide, s’introduit par la suite dans la vie quotidienne bourgeoise de l’époque, ou aborde de nouveaux lieux, comme la forêt par exemple. Les expositions consacrées au romantisme noir ont été rares, très rares, et le Musée d’Orsay aujourd’hui rattrape le retard pris, haut la main.
Paul Ranson, La sorcière au chat noir.
Si le thème de l’exposition, comme je l’ai dit plus haut, ne m’inspirait pas énormément, j’ai été agréablement surpris par L’ange du bizarre ; Le romantisme noir de Goya à Max Ernst. La richesse de ce thème, touchant de nombreux arts et représenté par de nombreux artistes, impressionne, tant les oeuvres exposées y sont nombreuses, trop ? La foule, car oui il y avait énormément de monde en cette nocturne du jeudi 22 mars, était en fin d’exposition épuisée, et il n’était pas rare d’entendre des visiteurs souligner le côté interminable de l’exposition, chose qui n’est vraiment pas le cas pour ma part, je tiens d’ailleurs à souligner le fait que les expositions temporaires du musées d’Orsay sont souvent très bien fournies, riches et proposent de nombreux tarifs réduits et gratuité, ce qui n’est pas le cas partout. L’on se sent rarement perdu, chaque thème étant bien défini, et si les explications sont assez rares, quelques cartels fournissent des détails quand à l’épisode peint une telles ou telles oeuvres. Enfin, la scénographie de l’exposition est assez minimaliste, un peu trop à mon goût, mais l’effort de coller avec une atmosphère « ténébreuse » est là, malgré tout.
Le thème de l’horreur, de l’imaginaire et de la fantaisie étant très populaires chez le grand public, l’on peut s’attendre à un joli succès pour cette exposition, et il sera pour ma part, mérité.
J’ai aimé : 
-De nombreux artistes.
-Thèmes bien distincts.
-Volonté d’inclure le cinéma.
-Une exposition riche et longue.

J’ai moins aimé : 
-Trop longue ?
-Certaines épisodes expliqués, de nombreux autres non.
-Scénographie minimaliste.

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